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LES DISSERTATIONS DE JEAN TARDIEU
Professeur Froeppel et la Comédie du langage (+IA...)
Le livre de Jean Tardieu, Professeur Froeppel (1978 ; Gallimard) recèle quelques pages avec des énoncés de dissertation assez déroutants et qui trouvent naturellement leur place dans ces sujets d'ambiguités. Les énoncés sont simples, les réponses ne le sont pas, et pour cause...
A la suite, nous avons demandé à ChatGPT 4.5 (avril 2025) et ChatGPT 5.1 (novembre 2025) quelques réponses de l'IA sur ces sujets.
- Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?
- Quel est le plus long chemin d’un point à un autre ?
- Étant donné deux points, À et B, situés à égale distance l’un de l’autre, comment faire pour déplacer B, sans que A s’en aperçoive ?
- Quand vous parlez de l’Infini, jusqu’à combien de kilomètres pouvez-vous aller sans vous fatiguer ?
- Prolongez une ligne droite à l'infini : qu'est-ce que vous trouverez au bout ?
- Étant donné deux voyageurs, dont l’un est né en 1903 et l’autre en 1890, comment feront-ils pour se rencontrer en 1944 ?
- Mesurer en dixièmes de seconde le temps qu’il faut pour prononcer le mot « éternité ».
- Fixez dans votre esprit, avant de vous endormir, deux points quelconques de l’espace et calculez le temps qu'il faut, en rêve, pour aller de l’un à l’autre.
- Un aviateur âgé de vingt ans fait le tour de la terre si rapidement qu’il « gagne » trois heures par jour. Au bout de combien de temps sera-t-il revenu à l’âge de huit ans ?
- Pendant l’absence de Zéro, le petit « Un » joue à cache-cache avec le petit « Deux ». Combien sont-ils?
- Le comptable d’un magasin, en faisant sa caisse le soir, trouve six mille francs de plus que ce qui a été porté pendant la journée au chapitre des recettes. Que fera-t-il de cet argent ?
- Étant donné qu’il va se passer je ne sais quoi je ne sais quand, quelles dispositions prenez-vous ?
- Une bille remonte un plan incliné. Faites une enquête.
- Une étoile filante tombe dans votre regard. Qu'en faites-vous ?
- Construisez un monde cohérent à partir de Rien, sachant que : Moi = Toi et que Tout est Possible. Faites un dessin.
- Lorsque vous « supposez le problème résolu », pourquoi continuez-vous quand même la démonstration? Ne feriez-vous pas mieux d’aller vous coucher ?
- Trouvez quel est le vice de construction du syllogisme suivant : Mortel était Socrate Or, je suis Parisien Donc tous les oiseaux chantent.
- Prenez un mot usuel. Posez-le sur une table bien en évidence et décrivez-le : de face, de profil, de trois-quarts.
- Trouvez un seul verbe pour signifier l’acte qui consiste à boire un verre de vin blanc avec un camarade bourguignon, au café des Deux-Magots, vers six heures, un jour de pluie, en parlant de la non-signification du monde, sachant que vous venez de rencontrer votre ancien professeur de chimie et qu’à côté de vous une jeune femme dit à sa voisine : « Je lui en ai fait voir de toutes les couleurs, tu sais! »
- Reportez-vous par la pensée dans les temps antiques : la municipalité d'Athènes pose la première pierre des ruines du Parthénon. Décrivez la cérémonie.
- Où la Seine se jetterait-elle si elle prenait sa source dans les Pyrénées ?
- Déployez à plat le relief de la Suisse et calculez la superficie ainsi obtenue.
- Vous êtes chez le coiffeur. Un vieillard à la longue barbe blanche, vêtu d’un tablier blanc, vous prie poliment de vous asseoir. Or, ce n’est autre que l’empereur Charlemagne. Lui donnez-vous tout de même un pourboire ?
- Sachant que vous êtes immortel, comment organiserez vous vos journées ?
- Supposez que vous n'êtes pas et trouvez-vous un remplaçant.
- Comment vous représentez-vous une absence de poisson? Faites un dessin.
- Devinez ce que je vais dire.
- Quand je dis : « Je », je suppose que je sais ce que c’est que « Je ». Or, cela est faux : je ne sais pas qui est « je ». Ne serait-il pas préférable de le mettre à la troisième personne ?
REPONSES DE L'IA SUR 6 SUJETS.
Pour chaque sujet, d'abord ChatGPT 4.5 et ensuite 5.1 pour mesurer l'évolution de l'IA.
Jean Tardieu, dans son livre Professeur Froeppel, a mis quelques sujets de dissertation surprenants et qu'ont pas réellement de solution ou d'aboutissement possible. Néanmoins, pourrais-tu sur chacun des 6 sujets suivant faire pour chacun d'eux 10 à 15 lignes de rédaction littéraire.
1. Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?
2. Quel est le plus long chemin d’un point à un autre ?
3. Quand vous parlez de l’Infini, jusqu’à combien de kilomètres pouvez-vous aller sans vous fatiguer ?
4. Prolongez une ligne droite à l'infini : qu'est-ce que vous trouverez au bout ?
5. Étant donné qu’il va se passer je ne sais quoi je ne sais quand, quelles dispositions prenez-vous ?
6. Une bille remonte un plan incliné. Faites une enquête.
Voici pour chacun des six sujets une petite dissertation littéraire d’environ 10 à 15 lignes :
1. Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?
4.5) Derrière chaque mur, il y a toujours l'ailleurs, ce territoire mystérieux où l’imagination prend ses quartiers. Est-ce un jardin secret où poussent des arbres aux fruits inconnus ? Un monde parallèle où vivent d’étranges créatures, fantômes sans nom, ou simplement d’autres hommes semblables à nous, prisonniers eux aussi derrière leurs propres murs ? Peut-être derrière ce mur se déroule-t-il une fête silencieuse, ou une guerre silencieuse, un silence dont l’épaisseur empêche même la pensée de le franchir. Ou alors n'y a-t-il rien du tout, le vide intégral, un espace sans contours ? Ce mur devient ainsi la frontière fragile entre le connu et l’insondable. Nous voici alors invités à l’escalader avec les ailes fragiles du rêve, ou à demeurer là, silencieux, confrontés à notre ignorance, toujours fascinés par l’idée de ce que nous ne pourrons jamais pleinement atteindre.
5.1) Derrière un mur, il ne se passe jamais exactement ce que l’on imagine. Le mur, par vocation, sépare ; mais en séparant, il invente. Derrière lui se trament des histoires qui ne demandent qu’un interstice pour se glisser de notre côté. Peut-être qu’un chat y contemple l’épaisseur du monde, ou qu’un rayon de lumière s’y repose, las d’avoir tant voyagé. Il y a des pas que l’on entend, mais qui ne viennent ni d’hier ni d’aujourd’hui. Il y a des voix qui n’existent qu’à condition que le mur les empêche d’arriver jusqu’à nous. Car derrière un mur, c’est toujours un « presque » : presque visible, presque audible, presque vrai. Et si rien ne s’y passait, ce serait encore quelque chose : le silence que nous prêtons à l’inconnu.
2. Quel est le plus long chemin d’un point à un autre ?
4.5) Le plus long chemin entre deux points n’est certainement pas la ligne droite, mais celui qui emprunte tous les détours, tous les égarements du voyageur curieux ou perdu. Ce chemin est celui de l’homme hésitant, de l’explorateur distrait qui, pour relier deux instants, passe par des années d’errance. C'est celui du souvenir, qui nous ramène vers un moment précis en faisant d’abord un large détour par le passé. Ce chemin, enfin, c’est le parcours sinueux de l’espoir ou du désir qui, au lieu d’aller directement vers l'objet convoité, choisit les méandres et les mystères d’une attente infinie. Le voyageur qui parcourt ce chemin interminable se rend compte que les distances véritables se mesurent au temps vécu, à l’intensité des émotions éprouvées, bien plus qu’à la simple géographie.
5.1) Le plus long chemin d’un point à un autre n’est jamais celui qui tourne, mais celui qui hésite. Ce n’est pas la distance qui allonge la route, c’est l’esprit qui trébuche en chemin. On peut parcourir trois fois la terre et arriver plus vite qu’un homme planté dans ses songes. Le plus long chemin est celui qui oublie son but, qui se retourne sur lui-même pour vérifier s’il n’a pas laissé échapper quelque chose. C’est une ligne droite prise de scrupules, un itinéraire qui s’excuse d’exister. À force de douter, il finit par s’étirer jusqu’à devenir une sorte d’éternité provisoire. Et peut-être que le plus long chemin, finalement, est celui que nous faisons à l’intérieur de nous-mêmes, même en restant immobiles.
3. Quand vous parlez de l’Infini, jusqu’à combien de kilomètres pouvez-vous aller sans vous fatiguer ?
4.5) Lorsque je parle de l’Infini, mon esprit part immédiatement, léger, libéré du poids des kilomètres. Car l’Infini, c’est le pays immatériel, la contrée où les distances deviennent insignifiantes. Combien de kilomètres puis-je ainsi parcourir ? Autant que le souffle léger de mon imagination le permet, sans que jamais la fatigue ne me rattrape. Je traverse des espaces étoilés, glisse sur des mers intérieures faites d’impressions fugitives, bondis d’une galaxie mentale à une autre, sans jamais ressentir la moindre lassitude physique. L’Infini est le lieu par excellence où l’âme se promène sans le corps, un lieu d’où je reviens à peine essoufflé, toujours émerveillé. Là-bas, le temps comme l’espace perdent leur sens, et la fatigue, prisonnière d’un corps resté en arrière, ne peut plus m'atteindre.
5.1) La fatigue, face à l’Infini, n’est qu’un incident de parcours. Dès que l’on prononce ce mot démesuré, nos jambes deviennent inutiles : on ne marche plus, on rêve. Les kilomètres se mettent à fondre comme neige au soleil, et la carte routière perd son nord. On peut avancer longtemps dans ces étendues sans bord, car ce n’est pas le corps qui y voyage mais l’esprit, cet infatigable marcheur qui ne connaît ni ampoules ni essoufflement. Pourtant, à force d’aller dans toutes les directions à la fois, on finit par se lasser : la lassitude d’avoir trop vu, trop compris, trop pressenti. C’est alors que la fatigue surgit, non pas physique, mais métaphysique : on s’arrête, non par épuisement, mais parce qu’on a besoin d’un peu de fini pour se reposer.
4. Prolongez une ligne droite à l'infini : qu'est-ce que vous trouverez au bout ?
4.5) En prolongeant une ligne droite vers l’infini, on ne trouve ni un lieu ni une chose concrète, mais peut-être simplement une idée ou un rêve. Au bout de cette ligne sans fin, il pourrait y avoir l’essence même du commencement, ou l’image de notre propre regard fixé sur l’inaccessible horizon. Cette ligne droite, symbole d’absolu, nous fait comprendre qu'au bout d’elle-même elle ne peut rencontrer que son propre vide, ou notre propre reflet. En prolongeant ainsi notre quête, en poussant cette ligne jusqu’au bout ultime, nous découvrons l’absurdité merveilleuse de l’existence, qui ne s’achève jamais vraiment, mais nous pousse sans cesse à imaginer plus loin, à espérer davantage. Le bout de la ligne droite, au final, n’est autre que le début d’une autre question, d’une autre curiosité, éternellement renouvelée.
5.1) Au bout d’une ligne droite prolongée à l’infini, il n’y a pas de bout — mais il y a tout le reste. La ligne, en refusant de se terminer, finit par se dissoudre dans ce qu’elle traverse. On y trouve peut-être la trace d’un début oublié, un parfum de géométrie pure, un vertige de ne jamais rencontrer d’obstacle. Et puis, au-delà d’un certain point, la ligne cesse de nous obéir : elle ne nous mène plus, elle nous observe. Elle interroge notre besoin de but, notre manie de vouloir arriver quelque part. Peut-être que l’on trouve, tout au bout, une grande question qui nous attendait depuis longtemps — ou simplement un miroir, dans lequel la ligne se retourne pour nous demander pourquoi nous persistons à la suivre.
5. Étant donné qu’il va se passer je ne sais quoi je ne sais quand, quelles dispositions prenez-vous ?
4.5) Puisqu’il va se passer quelque chose dont j’ignore la nature et le moment précis, ma disposition première sera de demeurer disponible, prêt à accueillir l’inattendu. Peut-être commencerai-je par préparer des valises pleines de choses inutiles, ou des livres dont les pages resteront vierges afin d'y inscrire plus tard l'événement inconnu. Je ne fermerai aucune porte, je resterai debout, vigilant, avec dans les yeux une lumière d’enfant, à la fois curieux et inquiet. Cette attente, sans doute inutile, aura l'avantage de m'occuper l’esprit, et chaque jour sera une préparation joyeuse à l’improbable. Je disposerai enfin mon cœur à l’étonnement perpétuel, car la meilleure disposition face à l'incertain est sans doute de savoir encore s’émerveiller, à chaque instant, d'être vivant pour accueillir tout ce qui pourrait arriver.
5.1) Devant l’éventualité incertaine d’un événement inconnu à une date indéterminée, je prends naturellement toutes les précautions possibles — et aucune. Je me tiens prêt à accueillir n’importe quoi, mais je veille à ne pas m’encombrer de préparatifs trop précis, de peur qu’ils ne déplaisent à l’imprévu. Je range sans ranger, j’attends sans attendre. Je mets de l’ordre dans mes pensées, mais je laisse une place vide au milieu, un fauteuil réservé pour ce « je ne sais quoi » qui pourrait arriver à l’improviste. Peut-être surgira-t-il pendant que je dormirai ; ou alors à l’heure du café. J’essaie donc d’être vaguement vigilant, comme on guette un souffle dans la nuit. Et si rien ne se produit, je n’aurai rien perdu — sinon un peu d’inquiétude.
6. Une bille remonte un plan incliné. Faites une enquête.
4.5) La bille qui remonte seule un plan incliné est un mystère digne d'une enquête approfondie. Première hypothèse : une illusion d’optique, simple mais troublante, créée peut-être par la courbure subtile de l’espace ou la fantaisie d’un esprit malicieux. Deuxième piste : un phénomène magnétique discret, une force invisible qui attire la bille à rebours de nos attentes ordinaires. Troisième possibilité, plus poétique : la bille se révolte simplement contre la gravité et ses lois ennuyeuses, exprimant ainsi une forme de liberté inattendue. En interrogeant les témoins de cette scène impossible, je découvre des récits contradictoires : certains jurent avoir vu des fils invisibles, d'autres parlent de magie pure. Mais peut-être la vraie enquête ne doit-elle pas chercher une solution rationnelle, préférant simplement contempler la poésie d'une bille qui, contre toute logique, décide soudain de remonter le cours du monde.
5.1) La bille a été vue pour la dernière fois roulant à contre-sens des lois de la physique. Témoins perplexes : un triangle rectangle, deux parallèles et un gravité un peu vexée. Selon nos premières constatations, la bille n’a reçu aucun soutien extérieur : ni poussée suspecte, ni intervention d’un complice. Interrogée, la pente affirme n’avoir « rien fait pour l’aider ». Pourtant, la bille avance, tranquillement, comme si la notion même de descente lui était devenue étrangère. Le rapport préliminaire suggère qu’elle ne remonte pas vraiment : elle refuse simplement d’admettre qu’elle devrait descendre. Peut-être est-ce une affaire de volonté, ou de mauvaise foi mécanique. L’enquête se poursuit ; la bille, pour sa part, continue de monter, indifférente aux conclusions du rapport.