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REDU, LE VILLAGE DU LIVRE



Texte écrit en 2018 (la suite actualisée plus bas...)
Comment un petit village des Ardennes belges, il y a 40 ans, a-t-il pu revivre, et surtout porter cette renommée du village du livre ? Par une volonté d'acteurs locaux, cela peut se comprendre pour redonner vie à un village un peu à l'écart de tout, mais le choix du livre est dans le cas présent assez unique. Redu, un village près de Dinant (ville de Ferdinand Sax, créateur de l'instrument éponyme, le saxophone), est dédié aux livres, presqu'aux livres : des échoppes de livres d'occasion, des librairies (dont une de livres anglais), des magasins dédiés à l'écriture et aux objets entourant l'écrit, le livre, mais aussi une fabrique de papiers faits à la main dans un atelier où l'on retrouve encore des alphabets en plomb et un artisan passionné par son métier, et à qui l'on a envie de demander qui le succédera dans cette belle tradition, même s'il faut naturellement lui souhaiter longue vie. Même si la vingtaine de commerces n'offrent pas autant de variété que les quais de Seine, et faisant abstraction du ratio du nombre de commerces de livres rapporté à la population de 400 âmes, c'est cette ambiance particulière qui anime ce village ardennais assez charmant et vivant en période estivale.

Naturellement il faut quelques restaurants et hôtels pour attirer le public et le laisser sur place le plus longtemps possible, mais Redu, le village du livre, a cette particularité qui vaut le petit détour, d'une part pour visiter la région (et notamment Dinant, avec son pont surplombant la Lesse et ses sculptures colorées de saxophones), et continuer de donner du sens à un village qui s'est consacré aux livres, au-delà de la simple décision politique de valoriser le village. L'on n'y trouvera pas de richesses à quelques niveaux que ce soit qui nécessite impérativement d'aller à Redu (la France reste pourvue de belles et riches qualités bibliophiles) mais l'ambiance du village fait passer de bons moments où en fin de journée, l'on repart avec un ou plusieurs livres achetés chez un bouquiniste, en souvenir, plus agréable à l'esprit que celui d'avoir eu à acheter une glace, aussi bonne soit-elle devant la Tour Eiffel par exemple.

Il serait enfin injuste d'oublier un village gaulois, ou plutôt breton (en Ile et Vilaine), Becherel, qui se veut être en France la plus forte concentration des métiers liés au livre. 14 librairies (pour 1000 habitants), des artisans qui se sont réunis il y a 20 ans pour dynamiser cette commune autour d'un thème fédérateur mais pas historique. Mais là aussi, peu importe, le principal est que le livre puisse prospérer dans une économie mondiale digitale toujours plus présente. La passion ne se digitalise pas. Exit l'intelligence artificielle, le big data..., certains transmettent la mémoire du livre et de son activité manuelle sur toute l'échelle de vie.

Dans les deux villages, le livre est une passion touristique et économique positive : en général la population qui fréquente ces lieux, même si elle est diversifiée, en fait heureusement, est plus éduquée que celle des plages estivales. Les gens parlent plus, sont davantage curieux et achètent : un livre a toujours de la place chez soi, dans un salon, un chevet, une cuisine, une chambre d'enfant, pour un cadeau, une collection... Il faut néanmoins avouer que la saison touristique ne donne pas une activité continue à Redu et autres villages de même veine (cet impact l'est plus pour les commerçants et artisans dont on peut aisément deviner que la passion les anime plus qu'autre chose). Passez par Redu et flanez dans les livres (mais pour les habitués des quais de Seine ce ne sera pas si dépaysant, quoique...).

Actualisation en 01 2024 : c'est triste à dire, mais le village de Redu a perdu sa vocation, son âme, comme une utopie vaincue par la crise sanitaire et/ou la montée en puissance des écrans individuels et de la "gamification" de la population, ainsi que les réseaux qui permettent de tout trouver sur les livres... sauf l'ambiance d'une belle boutique, d'une belle librairie.
Le village de Becherel semble plus solide, à cela certainement la volonté d'une communauté de communes versus Redu, assez isolée dans les Ardennes.