Un monde de livres

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LES LIVRES DISPARUS/h2>

 

Les livres disparus rentrent tout à fait dans l'univers des livres car ils ont eu leur place dès leur achèvement, que celui-ci soit écriture, impression, ou reliure..., même s'ils n'existent plus.
Ce n'est pas un "hommage" mais certainement plus un rappel à toutes les oeuvres, voulues comme telles ou non à l'origine, comme références culturelles, philosophiques, poétiques, religieuses, qui depuis les débuts de l'écriture jusqu'à nos jours ont été l'objet de destructions volontaires ou non d'ailleurs. La foudre sur un monastère dont la structure faitière est en bois ne laisse pas de chance à la bibliothèque d'échapper aux flammes ravageuses.

Sur la destruction de la bibliothèque de Bagdad en 2003 (un incendie ayant fait disparaitre 1 million de livres) ou celle de 1258 dans cette même ville, ce n'est pas là un signe du destin, mais la fragilité de notre quotidien, fut-il en dur et non forcément spirituel.
L'on peut avoir aussi à l'esprit la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, ou même toutes les autres, souvent dans des considérations moins guerrières ou politiques : un incendie, une inondation, des vers qui mangent les livres et les réduisent en poussière, mais aussi des livres rares issus d'héritages, jetés dans les poubelles ne sachant pas, par leur propriétaire, leur nature, leur valeur, leur histoire... L'on pourrait ajouter le vol... et les livres qui disparaissent de la circulation des bibliothèques et ne peuvent plus être prêtés, vendus, échangés. Les livres disparus sont ceux aussi qui sont vendus découpés, à la page, comme certains livres d'enluminures, certains textes coraniques, hébraïques, hindous, chrétiens... L'internet a certainement du bon, mais Ebay avec ses ventes aux enchères au monde entier, sur ce sujet des livres, est un désastre où le profit va contrer la mémoire et l'histoire. Il n'est pas raisonnable de faire commerce de livres découpés car bien souvent ils sont d'une richesse inestimable.

A nos portes géographiques, 1992, Sarajevo a été l'oeuvre d'une disparition de 150 000 manuscrits rares sur le million sept cent mille détruits (bibliothèque réouverte en 2014, 22 ans après). Plus récemment, Tombouctou, ou Mossoul, avec les horreurs de l'état islamique (qui ne mérite aucune majuscule à ce nom). Les autodafés de tous temps ont malheureusement leurs places dans l'histoire des livres.

Nous avons chez soi, dans les librairies, les bibliothèques de par le monde des millions de livres en toutes langues, mais aussi certainement des millions d'autres disparus à tout jamais, y compris ceux des autodafés, passés par l'Inquisition, et sans rappeler tristement ceux de la seconde guerre mondiale par le régime nazi, culturellement élevé, mais pourtant destructeur de plus d'un million de livres, avant et après la guerre. On se reportera au livre de Fernando Baez sur son "histoire universelle de la destruction des livres" (Fayard) ou une seconde référence : Lucien X. Polastron "Livres en feu : histoire de la destruction sans fin des bibliothèques" publié chez Denoël en 2004.

Les pertes de livres et de bibliothèques sont à la fois inestimables et inconnues. Il s'y trouve forcément des chefs d'oeuvre, d'autant que de nombreux auteurs ont fait référence à ces livres que l'on ne pourra plus lire sans intermédiaire. Des chefs d'oeuvre certainement au regard de notre époque où nous voulons comprendre nos origines, où nous conservons notre histoire, mais aussi la classons pour la lier à notre devoir de mémoire à tous égards mais aussi pour construire une échelle de temps qui soit aussi une échelle de l'histoire de l'homme où l'écrit est plus rassurant que les traditions orales pour l'écrire.

Occupons nous des livres que nous avons et qui réclament déjà beaucoup d'attention et de moyens, notamment de restauration, et de numérisation pour la diffusion plus aidé du savoir, de la science et de la culture. Laissons aussi le temps faire des découvertes, sait-on jamais. Mais continuons aussi d'enrichir notre histoire du livre, des oeuvres et des auteurs. Cette recherche permanente dans nos cultures de vérité, de racines, de connaissance, des idées est celle aussi de ceux qui écrivent, des chercheurs, savants, passionnés, historiens, archéologues, etc. L'on ne pourra pas faire revivre ces livres disparus (le verbe revivre est à dessein) et c'est à la protection du patrimoine existant qu'il faut veiller désormais.